Communauté apostolique Saint-François-Xavier

05

05

05

05

Au bout du monde

080 bis Bénédiction du fleuve« Lorsque Monseigneur nous a dit que deux Sœurs de Saint-François-Xavier venaient de métropole et passeraient un mois chez nous, j’ai été scotché » : ces propos tenus avec conviction à deux reprises par le Père Frédéric, missionnaire spiritain venu du Gabon et vivant à Maripasoula traduisaient le fort étonnement que suscitait notre séjour prolongé en Guyane et particulièrement dans la région des tribus amérindiennes.

Grâce à l’intervention providentielle d’un père d’élève travaillant parfois à Cayenne et à l’invitation chaleureuse de Monseigneur Emmanuel Lafont, nous avons effectivement eu le bonheur de vivre un long temps de compagnonnage très simple et exceptionnel avec l’évêque de Guyane : nous, c’est Christiane Foullon, de la Communauté de Neuilly, et Françoise Lemort, de la Communauté de Charles Péguy (11è).

La Guyane : le département et le diocèse les plus pauvres de France ; située au Nord de l’Amérique latine, en zone équatoriale, à plus de 7000 km de vol au-dessus de l’Atlantique, grande comme le Portugal, accessible uniquement par avion ou par bateau ; aucune route frontalière vers le Brésil ou le Surinam ; une enclave française qui a vécu l’esclavage et le bagne, et la forêt amazonienne couvre 90% du territoire.

Notre séjour fut une succession de rencontres, bien souvent liées les unes aux autres, une « visitation » d’Eglise à Eglise, un partage au quotidien de la vie de ceux qui, au nom de leur foi chrétienne, sont venus comme missionnaires, prêtres, religieuses ou laïcs au service des enfants et des jeunes (50% de la population a moins de 23 ans), au service des familles. Nous avons rencontré sur le terrain l’Eglise « experte en humanité », nous avons vu à l’œuvre les « disciples-missionnaires » venus aux périphéries en quittant leur pays, proche ou lointain, de Haïti ou d’Afrique, Gabon et Nigéria, Congo, Centrafrique… Ils s’offrent avec une générosité et un don d’eux-mêmes qui a fait notre admiration, dans des conditions de vie pauvres, précaires souvent, pour que le message de l’Evangile atteigne un plus grand nombre.

«Tu es venu pour notre rencontre aujourd’hui et tu attends une parole d’encouragement. La vie est peut-être pour toi difficile, tu te sens mal aimé, tu souffres. Sache que Dieu t’aime et te connaît par ton nom, qu’il a un cœur de père, que nous sommes là pour témoigner de sa tendresse et que nous sommes tous frères ». Dans la bouche de « Monseigneur », au cours de la visite pastorale dans laquelle nous l’avons accompagné, ces paroles sonnent vrai, tous écoutent et sont touchés, sans toujours bien comprendre le français…

692 Mgr enfantsSans souci des fatigues Mgr parcourt son immense diocèse et nous avons pu avec lui aller visiter plusieurs tribus amérindiennes sur le Haut Maroni, isolées, ignorées de tous. Ce fut pour nous l’aventure de la pirogue et du hamac, de la célébration d’un baptême d’adulte par immersion dans le fleuve, auparavant béni. Il y a là, à Kayodé, à Ipokan Ëutë , quelques chrétiens ardents que l’évêque, avec le jeune Père Jules-Davy, responsable de ces villages, vient encourager et former, comme le faisaient Saint Paul ou Saint François Xavier. Il les connaît par leur nom et leur donne la bénédiction du Seigneur, un geste porteur de grâce et de force jusqu’à la prochaine visite. Nous avons là goûté profondément aux qualités d’accueil des tribus wahanas, à la joie de vivre des enfants, particulièrement dans l’eau, à l’intensité envoûtante de la forêt, et à ses milliers d’ « habitants », mais à notre passage nous n’avons rencontré ni le caïman ni le jaguar… Lorsque Monseigneur lit certains Psaumes la mention du lion disparaît d’ailleurs, pour laisser place au jaguar, ici bien présent !

097 Mgr Maripasoula confirmationLa Bible est, pour Monseigneur Lafont, et depuis sa formation à Rome dans sa jeunesse, l’instrument le plus précieux pour évangéliser et celui auquel chacun peut accéder, quelle que soit sa situation, ce qui n’est pas le cas des sacrements. Et là que de questions quasi inextricables : prions vraiment l’Esprit Saint pour la prochaine session à Rome sur la famille. Mgr a fait éditer la Bible en français courant, lui donnant une couverture et une introduction propres, il la lit avec un grand don de conteur, un réalisme et une intensité tout particuliers, y trouvant à chaque page un message adapté à la situation présente, une « pépite ». Mgr Lafont a d’ailleurs été l’un des quatre évêques français appelés à Rome pour participer en 2008 au Synode sur la Parole de Dieu.

Son passé, notamment 12 ans comme curé à Soweto, près de Johannesburg, aux pires moments de l’apartheid, sa forte amitié avec Nelson Mandela, les années où lui-même a été chargé de parcourir le monde pour soutenir les Eglises comme directeur des Œuvres Missionnaires (OPM) ont bien préparé cet homme de feu, ce prêtre de terrain à devenir évêque de Guyane. C’est actuellement aussi un évêque confronté à des soucis financiers très lourds, qu’il s’agisse aujourd’hui d’assurer le minimum vital des 39 prêtres du diocèse ou de construire chapelles et églises. La visite du site du Diocèse est « parlante ».

043 Kayode J-DavyNous avons eu ainsi la joie là-bas de partager le quotidien d’un évêque au long de l’une de ses visites pastorales, de vivre le premier des Congrès de catéchistes de Guyane qui déjà porte des fruits, d’être accueillies à Cayenne chez les Sœurs de S. Joseph de Cluny, infiniment fraternelles. Et de découvrir S. Laurent du Maroni, en pleine explosion démographique : le fort taux de natalité et l’immigration clandestine, en provenance du Brésil notamment, en sont la cause. Nous y avons rencontré les Frères des Ecoles Chrétiennes, frère Paul et frère Louis notamment, que plusieurs sfx ont bien connus à Garges-lès-Gonesse. Nous les avons écoutés, nous avons partagé un des soucis majeurs de l’Eglise, le souci de l’éducation et de l’enseignement des enfants et des jeunes, le souci de la formation humaine et professionnelle sans laquelle la Guyane ne peut évoluer.

Une telle aventure en Guyane fut pour nous, prêtres et religieuses, sœurs de sfx, évêque, une grâce et un bonheur partagés entre nous et avec tous, « un bon bol de fraternité et de profondeur spirituelle », à saveur évangélique. Dans la communion des saints ils sont devenus et resteront pour nous des frères.

Christiane Foullon et Françoise Lemort